Niger : quand Aïssa Maïga marche sur l’eau

Avec son film consacré à la question de l’accès à l’eau, l’actrice et réalisatrice a obtenu l’Étalon d’argent du documentaire lors du dernier Fespaco.

Aïssa Maïga au Festival des lumières, à Lyon (France), le 9 octobre 2021. © JEFF PACHOUD/AFP

Aïssa Maïga au Festival des lumières, à Lyon (France), le 9 octobre 2021. © JEFF PACHOUD/AFP

Renaud de Rochebrune

Publié le 10 novembre 2021 Lecture : 3 minutes.

Le titre peut sembler christique. Mais dans ce film, si l’on marche sur l’eau, ce n’est pas comme le fit Jésus sur le lac de Tiberiade, ainsi que le dit la Bible. Et nul besoin de miracle pour cela. Nous sommes dans le nord du Niger, dans le village de Tatiste, où les habitants souffrent de la sécheresse alors même qu’à quelques centaines de mètres e profondeur, sous leurs pieds, existe un vaste lac souterrain, immense réservoir d’eau invisible et jusque-là inaccessible.

Ce que Marcher sur l’eau raconte, c’est donc d’abord le combat des habitants de Tatiste, des Peuls Woodabes, pour obtenir, avec l’aide d’une ONG, le financement puis la construction d’un forage permettant de mettre enfin de l’eau à la disposition de la population et de ses troupeaux. Pour qu’il ne soit plus nécessaire aux jeunes du village de parcourir des kilomètres à pied afin de remplir des récipients du précieux liquide dans un puits lointain autour duquel se pressent de nombreux « concurrents » de toute la région, hommes et bêtes confondus. Avec la crainte permanente d’une catastrophe, autrement dit de voir se rompre la corde fragilisée par l’usure retenant le seau qui remonte l’eau des profondeurs.

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Il s’agit surtout de pouvoir en finir avec une situation qui oblige les jeunes « porteurs d’eau » à négliger l’école pour aider leur famille. Et leurs parents à émigrer une bonne partie de l’année dans les pays voisins – Nigeria ou Togo – pour subvenir aux besoins des leurs, l’économie locale étant ruinée.

Un témoignage simple et très parlant

Comme l’explique l’instituteur du village, qui parle à ses élèves du réchauffement climatique, il n’en a pas toujours été ainsi. Si les marigots sont aujourd’hui à sec, c’est parce qu’il n’y plus de précipitations que deux mois par an et donc plus de végétation pour retenir l’humidité. Autrefois, on pouvait compter sur des pluies, aussi rares soient-elles, quatre ou cinq mois par an. Et il n’y a pas de fatalité inexorable. Le forage tant attendu – l’eau jaillira avant la fin du film – sera réalisé, mais il restera à installer des canalisations et à planifier une reforestation de la région (la seule solution durable, au-delà de l’urgence) qui pourraient permettre à la population de revivre « normalement ».

Un tel sujet pourrait se prêter à un récit ultrapédagogique ou à des considérations morales, donc conduire à un film lassant ou édifiant. Malgré quelques défauts – un esthétisme quelquefois trop recherché, des changements de rythme peu justifiés, des scènes appuyées –, le long-métrage évite presque entièrement les écueils du documentaire savant (fondé sur des considérations scientifiques), culpabilisant (la faute à qui ?) ou « à message » (voilà ce qu’il faut faire).

Un témoignage simple et très parlant plus qu’un plaidoyer roboratif. Ce qui est plus que louable pour un premier documentaire, œuvre d’une autrice comme Aïssa Maïga certes déjà vedette du grand écran mais plus habituée à être devant que derrière la caméra malgré deux courts métrages remarqués.

Une région et un pays présentés comme abritant des citoyens combattifs, pleins de vie, conservant la tête haute

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Cette réussite tient à deux choix forts et assumés. D’abord celui de mettre devant l’objectif des personnes – essentiellement des femmes – plus que des problématiques, les premières incarnant les secondes par leurs actes et leurs discours au quotidien avec, dans le rôle principal, une adolescente de 14 ans, Houlaye, à laquelle on est amené à juste titre à s’attacher.

Loué par le public comme par la critique

Ensuite en refusant tout misérabilisme et en proposant de ce fait des images superbes et colorées d’une région et d’un pays présentés comme abritant des citoyens combattifs, pleins de vie, conservant la tête haute, plus que des victimes s’apitoyant sur leur sort.

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Femme et actrice engagée sur plusieurs fronts – on se souvient de son récent ouvrage Noire n’est pas mon métier et de ses interventions dans le sillage du mouvement MeToo –, concernée personnellement par le devenir du Sahel du fait de ses origines – un père malien et une mère sénégalaise –, Aïssa Maïga réussit d’autant plus à convaincre que son film n’est jamais ennuyeux et suscite souvent l’émotion.

Marcher sur l’eau a d’ailleurs déjà été loué par le public comme par la critique dans de nombreux festivals, à commencer par celui de Cannes (dans la section spéciale « Cinéma pour le climat ») et au Fespaco (où il vient de remporter l’Étalon d’argent du documentaire). Il aurait pu être judicieux de montrer ce bel ouvrage aux participants du dernier sommet international sur le climat de la COP26 à Glasgow.

« Marcher sur l’eau », d’Aïssa Maïga, sortie en France le 10 novembre

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